Trouble de l’oralité chez bébé : savoir les identifier précocement

Santé de bébéTrouble de l'oralité chez bébé : savoir les identifier précocement

Parmi les troubles qui peuvent toucher bébé, il existe celui de l’oralité. En réalité, on parlera plutôt des troubles de l’oralité (au pluriel), parce que comme souvent, les troubles peuvent prendre des formes diverses selon les enfants (comme pour le TDAH, par exemple). Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’oralité n’est pas synonyme de la parole ; d’ailleurs, les bébés commencent à parler autour de 12 mois environ (ce sont les premiers mots) alors qu’ils peuvent faire preuve d’un trouble de l’oralité bien plus tôt. En fait, on parle plus volontiers de trouble de l’oralité alimentaire (ou TOA). Les troubles de l’oralité restent relativement méconnus alors qu’ils ne sont pas si rares : ils méritent donc que l’on s’y penche pour être identifiés et pris en charge rapidement.

Qu’est-ce que le trouble de l’oralité chez bébé ?
 

Qu'est-ce que le trouble de l'oralité chez bébé ?
 
Source : Dollydoll29 / Shutterstock

L’oralité désigne le comportement et l’activité orale du bébé ou de l’enfant : cela comporte notamment la capacité de sucer et de déglutir (oralité primaire : c’est ce que le bébé sait faire en premier) et la capacité de mastiquer (oralité secondaire, le bébé apprend la mastication un peu plus tard). Un bébé qui présente un trouble de l’oralité, dont on a dit qu’il s’agit d’un trouble de l’oralité alimentaire, présente différents signes, qu’un orthophoniste pour enfant saura d’ailleurs repérer. Il s’agit de difficultés à téter le sein ou le biberon (voire une impossibilité), de nausées ou de vomissements au moment des repas, d’une lenteur dans l’alimentation, de difficultés à déglutir et à avaler, et parfois d’une hypotonie de bébé, au niveau du visage. Le bébé prend finalement très longtemps à ingérer de toutes petites quantités de lait et ne réclame pas de manger, comme s’il n’avait pas d’appétit. Cela va se traduire rapidement par une cassure de la courbe de poids qui va se retrouver en dessous de la normale et potentiellement par un retard de croissance : c’est pour cela qu’il faut repérer au plus tôt les troubles de l’oralité chez un bébé

 

Un trouble de l’oralité alimentaire peut aussi se détecter lors de la diversification alimentaire, par l’impossibilité de manger des morceaux, le refus de manger à la cuillère, le rejet des aliments nouveaux, la sélectivité des aliments.

En fait, dans le développement normal d’un enfant, manger répond à la fois à un besoin vital (il faut manger pour rester en vie) mais est aussi source de bien-être, de plaisir : l’enfant qui tète le sein de sa mère répond à sa faim et à son besoin de manger, mais trouve aussi très tôt du réconfort dans l’action de succion, dans la chaleur des bras de sa mère. Il découvre également le monde en portant les objets à la bouche. S’alimenter implique donc des sensations au niveau de la bouche et de la langue, et est finalement aussi une source de plaisir. Chez ces bébés ou enfants qui présentent un trouble de l’oralité, la sphère orale n’est pas correctement investie

Les troubles de l’oralité n’ont pas une seule définition claire : vous entendrez parfois parler de dysoralité, ou du syndrome de dysoralité sensorielle (SDS). Sachez que la dysoralité désigne les troubles de l’alimentation qui sont plutôt liés à un problème sensoriel : une hypersensibilité ou une hyposensibilité sensorielle au niveau des goûts et des couleurs (ce qui conduit par exemple les enfants à une importante sélectivité alimentaire, certaines textures ou couleur étant absolument impossible à ingérer pour eux). Les troubles de l’oralité sont sans doute plus larges que la dysoralité sensorielle, parce que les causes ne sont pas forcément strictement sensorielles : les difficultés d’un bébé à s’alimenter peuvent par exemple être psychologiques, liées à une opération très précoce ou encore à la prématurité du bébé qui a été soumis à une nutrition artificielle précoce (comme le souligne cet article de l’hôpital Robert Debré, à Paris). 

 

Comment soigner les troubles de l’oralité ?
 

Comment soigner les troubles de l'oralité ?
Source : BonNontawat / Shutterstock

Les troubles de l’oralité alimentaire pouvant avoir des causes très différentes, il n’y a pas un seul moyen de les soigner. D’ailleurs, en réalité, on ne dit pas tellement qu’on va « soigner » un trouble de l’oralité : on parle plutôt d’une prise en charge pluridisciplinaire, qui va permettre d’accompagner le bébé et l’enfant vers un rapport normal à l’alimentation et une croissance normale. 

 

Face à un bébé qui a des difficultés ou qui refuse de s’alimenter, qui ne prend pas assez de poids, il faut commencer par rechercher la cause du trouble (le diagnostic clinique). Cela peut très bien être une maladie qui affecte le bébé et qui entraîne le manque d’appétit ou le refus de manger : la solution sera de traiter la maladie qui entraîne le trouble alimentaire. Un bébé peut aussi présenter un problème d’ordre organique, par exemple une malformation qui nécessiterait une opération. On parle plus volontiers de troubles de l’oralité alimentaire quand ces différentes causes ont été éliminées, mais une fois de plus, les frontières sémantiques sont floues. À l’inverse, il est assez fréquent que les enfants qui ont un TSA (trouble du spectre autistique) aient des difficultés précoces au niveau de l’alimentation (parce que dans l’autisme, on retrouve un défaut de la régulation sensorielle avec de l’hypersensibilité et de l’hyposensibilité) : le TSA ne se soignant pas – dans le sens où l’on ne peut pas supprimer cette maladie – il ne faudra pas se concentrer sur la cause du trouble de l’oralité mais plutôt accompagner le bébé et l’enfant vers une bonne alimentation. 

 

On l’a dit, un trouble de l’oralité peut aussi être la conséquence d’une nutrition artificielle précoce (chez les grands prématurés), mais aussi d’un manque de portage par les parents, d’une carence affective, d’une séparation précoce avec la mère, d’un manque de stimulations, etc. Par contre, le trouble de l’oralité n’est pas une phobie alimentaire ni une anorexie (qui peut être très précoce) : les spécialistes de la santé sauront les différencier. Cette diversité des causes possibles – qui sont souvent multiples chez un même enfant – demande une prise en charge très personnalisée : un bébé ou un enfant qui présente un trouble de l’oralité en sera « soigné » d’autant plus vite et efficacement qu’une équipe pluridisciplinaire le prendra en charge, avec notamment un psychomotricien pour enfant. Ce professionnel de la santé qui recherche l’équilibre psychocorporel pourra aider votre bébé ou votre enfant à retrouver un rapport normal à son corps et à l’alimentation. 

 

Que peut-on faire ?

Que peut-on faire ?
Source : Oksana Kuzmina/ Shutterstock

On a déjà un peu commencé à en parler : les troubles de l’oralité alimentaire sont assez méconnus mais plus tôt ils sont repérés et pris en charge, moins ils risquent d’avoir des conséquences sur le développement ultérieur de l’enfant

 

Avant tout, il faut commencer par aller consulter si votre bébé ne semble pas s’alimenter correctement (on l’a dit : des tétés très longues, une absence d’appétit, une bouche qui semble toute molle autour du mamelon ou de la tétine du biberon, une absence de prise de poids, tout cela doit vous alerter). Vous pouvez vous diriger vers un médecin pédiatre dans un premier temps, qui pourra rechercher l’étiologie (en cherchant des causes organiques notamment pour poser un diagnostic), mais qui pourra aussi vous orienter vers d’autres professionnels de la santé pour déterminer finement pourquoi votre bébé a du mal à s’alimenter. Un orthophoniste est formé à ces questions et pourra participer au diagnostic, par exemple.

 

Ensuite, la prise en charge est toujours pluridisciplinaire : selon les cas, un psychologue pourra être mobilisé, notamment si le trouble de l’oralité semble lié à une carence affective, à un manque de portage ou à des interactions parents/enfant inadaptées, ou encore en cas de TSA. Le psychologue est aussi là pour aider les parents à ne pas se ronger les sangs devant ce bébé qui ne mange pas. N’hésitez pas à parler avec un psychologue, il est là pour vous aider, pas pour vous juger et en aucun cas vous accuser d’être responsable des difficultés de votre bébé. Un kinésithérapeute pédiatrique pourra aider à rééduquer, accompagner le bébé ou l’enfant à faire les bons mouvements au niveau de la sphère oro-faciale, notamment si une opération a été nécessaire. Si les troubles de l’oralité continuent dans l’enfance, psychomotricien ou psychologue seront souvent amenés à faire un travail de pédagogie, avec l’enfant, sur la sélectivité alimentaire, les textures, les goûts, les couleurs et les odeurs.

 

Dans tous les cas, les parents seront parties prenantes dans cette prise en charge : il faudra au maximum comprendre le trouble de son bébé ou de son enfant, essayer d’adapter la position pour allaiter ou donner le biberon et les repas, accompagner dans la prise en charge du trouble, ne pas le gronder parce qu’il ne veut pas manger (en réalité, il ne peut pas !), le stimuler de façon adéquate en écoutant les conseils des différents professionnels. La patience sera de mise, mais des troubles de l’oralité alimentaire bien pris en charge peuvent finir par s’atténuer et disparaître !

Source image de couverture : Oksana Kuzmina/ Shutterstock

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