Bégaiement de l’enfant : l’accompagnement dans la bienveillance

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Face à une personne qui bégaie, le (très mauvais) réflexe de rire est encore bien trop répandu. Les personnes bègues font souvent face aux rires (voire aux moqueries), à la gêne, au rejet de la part des autres, et ce dès l’enfance. Or, on sait combien il est difficile pour un enfant d’être rejeté par ses pairs ! Le bégaiement, ce trouble de la fluence de la parole, constitue souvent un réel handicap dans la vie quotidienne, une grande source de souffrance et peut conduire à se replier sur soi-même. Parents démunis face à votre enfant bègue, parents qui veulent comprendre le bégaiement pour mieux apprendre à leur propre enfant comment bien réagir, cet article est fait pour vous. Et si vous n’aimez pas lire, le film « Le discours d’un roi » vous montrera, loin des clichés, qu’un bègue peut être roi et qu’un bon accompagnement permet de dépasser les bégayages !

Quand commence le bégaiement ?

Quand commence le bégaiement ?
Source : BNP Design Studio / Shutterstock

Commençons par quelques données épidémiologiques – l’épidémiologie, c’est la science qui étudie la fréquence et la répartition des maladies et des affections, au sens large, au sein de la population. Le bégaiement touche environ 1% de la population française(donc une personne sur 100 bégaie). Pour 4 personnes bègues sur 5, le bégaiement commence pendant l’enfance, entre 2 et 6 ans. Dans la majorité des cas, le bégaiement a donc tendance à se déclarer tôt, au moment où la parole s’installe, mais il y a des personnes bègues de tout âge. Sachez aussi que les garçons ont 4 fois plus de risque que les filles de bégayer, et que 3 enfants bègues sur 4 arrêteront de bégayer. 

 

Le bégaiement peut aussi apparaître durant l’enfance et disparaître à l’adolescence, soit tout seul, soit bien plus souvent à la faveur de quelques séances chez un orthophoniste pour enfant. Par contre, le bégaiement peut aussi s’installer dans le temps – et c’est celui-là qui est le plus problématique et handicapant, notamment à la faveur de facteurs qui le renforcent. 

 

Nous allons en reparler, il est important d’accompagner au plus vite un enfant qui présente un bégaiement. Mais il faut aussi savoir différencier bégaiement et bredouillement. Le bégaiement, c’est un défaut de fluidité de la parole dans la communication (un enfant qui parle seul, quand il joue par exemple, ne va pas bégayer). On parle aussi d’un défaut de fluence, qui se caractérise par la répétition de mots (un enfant peut dire « je je je je je m’appelle »), de syllabes ou de phonèmes (« une b-b-b-b-bou-bouteille » par exemple), une prolongation de sons (« je voudrais uuuuuuuuuuun gâteau »), des arrêts au milieu d’une phrase. Le bégaiement donne aussi l’impression à celui qui écoute que l’enfant qui bégaie fait de gros efforts pour parler : on verra d’ailleurs des contractions au niveau du visage ou du coup, les yeux qui fuient, la respiration de l’enfant qui se modifie, etc. Le bredouillement, ce n’est pas tout à fait la même chose : c’est un problème au niveau du débit de la parole, qui est beaucoup trop rapide, ce qui conduit à buter sur les mots, à « manger des syllabes » parce qu’elles se bousculent trop vite dans la bouche. Le bredouillement peut ressembler par certains aspects au bégaiement, mais le bégaiement est bien un problème de fluidité de la parole (la parole n’est plus « automatique ») alors que le problème du bredouillement se situe du côté du débit trop rapide de la parole. 

Quelles sont les causes du bégaiement ?

Quelles sont les causes du bégaiement ?
Source : Par fizkes / Shutterstock

 Les causes du bégaiement ne sont pas (encore) totalement connues : il n’y a pas de consensus scientifique sur les causes de ce bégayage – ici, on parle de ce qui conduit un enfant à commencer à bégayer, du déclenchement du bégaiement. On sait que la présence de bégaiement chez un des parents est un facteur de risque : l’hérédité aurait donc un rôle – l’hérédité, c’est ce qui est transmis des parents à l’enfant – mais ce n’est pas parce qu’il y a des bègues dans la famille que l’enfant va forcément bégayer, et des enfants peuvent être bègues sans antécédent familial.

 

Les scientifiques se tournent aujourd’hui vers l’étude de facteurs génétiques – ce qui touche les gènes, ce n’est pas synonyme d’hérédité – et neurologiques pour trouver les bases organiques du bégaiement, qui reste encore assez mystérieux. Par contre, une chose est sûre, c’est que les facteurs environnementaux ont une forte influence, à la fois sur l’apparition et le développement du bégaiement, mais aussi, une fois qu’il est présent, sur sa fréquence et sa sévérité. Un enfant bègue va d’autant plus bégayer qu’il est fatigué par exemple, qu’il est stressé ou anxieux, qu’il est soumis à des émotions intenses (s’il est triste, en colère, apeuré, etc.). L’enfant qui a conscience de son trouble et qui se met la pression pour ne pas bégayer va, malheureusement, avoir encore plus de difficultés à s’exprimer sans bégayer : c’est le principe du cercle vicieux. Une ambiance familiale tendue, des évènements difficiles (comme le divorce des parents, la perte d’un membre de la famille, mais aussi un déménagement) peuvent majorer le trouble, tout comme la réaction de l’entourage : si la famille n’accompagne par bien l’enfant bègue, que ce dernier est régulièrement soumis aux moqueries ou exposé à des personnes néfastes qui lui font prendre conscience de sa différence, le bégaiement risque de s’intensifier et l’enfant va se replier sur lui-même, en évitant la communication (ce qui n’arrange en rien le bégaiement !). D’où l’importance de la parentalité positive avec un enfant qui bégaie (et qui n’y est pour rien, il ne fait pas exprès !). 

Comment aider son enfant à ne pas bégayer ?

Comment aider son enfant à ne pas bégayer ?
Source : Par New Africa / Shutterstock

 Il est important d’accompagner avec soin un enfant qui bégaie, déjà parce qu’on l’a dit, trois quarts des enfants qui bégaient verront leur trouble disparaître par la suite (spontanément parfois, mais bien plus souvent grâce à une prise en charge précoce et adaptée). C’est un peu comme pour les troubles de la mémoire chez l’enfant : les troubles peuvent être transitoires comme demeurer, mais l’important est de les détecter le plus rapidement possible et de les prendre en charge, en entourant l’enfant de bienveillance, afin de maximiser ses chances de se débarrasser de ces difficultés embarrassantes.

 

Dans le cas du bégaiement, l’orthophoniste sera naturellement le professionnel de référence. Il vaut mieux d’ailleurs aller consulter ce spécialiste plutôt qu’un médecin, pour éviter de laisser penser à l’enfant qu’il est atteint d’une maladie, qu’il est anormal, etc. Un orthophoniste saura faire un bilan du bégaiement de l’enfant, et proposera des exercices, qui prennent la forme de jeux, qui seront faits avec l’enfant lors de séances régulières, le but étant d’aller progressivement vers plus de fluence dans la parole. Évidemment, les parents sont un rouage crucial dans l’accompagnement de l’enfant : ils ne doivent donc pas hésiter à poser toutes leurs questions à l’orthophoniste. Pensez aussi aux associations (comme l’association parole bégaiement) ou aux groupes qui rassemblent des personnes bègues et des parents d’enfants qui bégaient : on y trouve plein de conseils pour aider son enfant à moins bégayer, et de quoi se rassurer en tant que parents – on a le droit de se sentir démuni ! 

 

Un enfant qui bégaie doit avant tout être mis en confiance pour ne pas stresser à chaque prise de parole – ce qui empire le trouble. Parents, à vous de ne faire preuve de patience et de ne pas vous énerver face à son bégaiement : laissez votre enfant terminer sa phrase, même s’il bute sur les mots. Aidez-le à trouver ses mots, sans les dire à sa place trop rapidement non plus, pour lui donner le sentiment que vous ne l’abandonnez pas à ses difficultés. Pour le mettre en confiance, vous pouvez aussi parler de quelque chose qu’il connaît bien, lui poser des questions dont vous savez qu’il sait répondre, vous mettre à sa hauteur quand vous discutez pour ne pas l’impressionner. Il faut encourager l’enfant à parler pour qu’il ne se replie pas sur lui-même, à s’exprimer s’il a subi des moqueries à l’école, à discuter avec lui. N’hésitez pas non plus à parler de son bégaiement au maître ou à la maîtresse d’école, mais pas devant l’enfant, qui risquerait d’en avoir honte. Enfin, faites bien attention de poser une seule question à la fois à votre enfant, d’être pleinement disponible pour l’écouter quand il vous répond, et de bien travailler sur la confiance en soi de votre enfant et de surveiller qu’il ne devienne pas un « super-timide » qui ne parle plus. Avec de la bienveillance et un orthophoniste à l’écoute, votre enfant bégayera moins, voire plus du tout ! 

Source image de couverture : Roman Yanushevsky / Shutterstock

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